Chaque année, des milliers de chantiers sont mis en péril par des sols sous-estimés : tassements différentiels, fissures structurelles, mouvements de terrain. La norme NF P 94-500 de novembre 2013 encadre ces risques en définissant cinq niveaux de missions géotechniques, de G1 à G5. Parmi eux, la G2 et la G5 sont fréquemment confondues, alors que leurs objectifs, leur moment d’intervention et leurs livrables divergent profondément. L’une prépare la construction, l’autre ausculte des désordres. Savoir laquelle mobiliser selon votre situation, c’est éviter une commande inadaptée et, surtout, des erreurs de diagnostic aux conséquences coûteuses.
L’étude de sol G2 : une mission de conception pour construire sur des bases saines

L’étude de sol G2 est une mission géotechnique de conception. Elle intervient en amont d’un projet de construction neuve pour définir les principes de fondation et caractériser avec précision les propriétés mécaniques du terrain. Son cadre réglementaire a été renforcé depuis le 1er octobre 2020 par la loi ELAN. Cette dernière rend l’étude obligatoire pour toute vente de terrain à bâtir situé en zone d’aléa retrait-gonflement des argiles moyen à fort.
La mission G2 se distingue par sa nature prospective. Il s’agit de prévoir, de dimensionner et d’anticiper les comportements du sol avant même que le premier coup de pelle ne soit donné. Elle est structurée en deux phases complémentaires (G2 AVP et G2 PRO) qui couvrent l’ensemble du cycle de conception géotechnique d’un projet de construction.
La phase G2 AVP : premier cadrage géotechnique en avant-projet
La phase G2 AVP est réalisée au stade de l’esquisse ou de l’avant-projet sommaire. Elle intervient lorsque l’implantation et la nature de l’ouvrage sont encore susceptibles d’évoluer, ce qui permet d’ajuster le projet en fonction des premières données géotechniques collectées.
Le géotechnicien y effectue une reconnaissance générale du site : sondages de reconnaissance, essais en place (pressiométriques, pénétrométriques), analyse des données géologiques régionales disponibles. L’objectif est de dresser un modèle géotechnique préliminaire du terrain, d’identifier les aléas majeurs (cavités, remblais hétérogènes, zones compressibles, présence de nappe phréatique) et de proposer plusieurs variantes de principes de fondation assorties de premiers quantitatifs indicatifs.
La phase G2 PRO : dimensionnement précis pour le dossier de projet
La phase G2 PRO approfondit significativement le niveau d’investigation. Elle intervient au stade du projet définitif, lorsque les plans d’implantation, les charges transmises au sol et les niveaux de fondation sont arrêtés, et que toute modification majeure deviendrait coûteuse.
Les investigations sont plus nombreuses et plus ciblées : sondages plus profonds, essais de laboratoire sur échantillons (limites d’Atterberg, granulométrie, essais triaxiaux, teneur en eau naturelle), modélisations géotechniques et calculs de stabilité selon l’Eurocode 7 et la norme NF P 94-500. Le rapport G2 PRO fournit les recommandations dimensionnées : type de fondation retenu, profondeur d’ancrage minimale, contrainte admissible nette du sol, dispositions constructives spécifiques en cas de sols sensibles ou agressifs.
La mission G5 : un diagnostic géotechnique pour les ouvrages en souffrance

Le diagnostic géotechnique G5 répond à une logique fondamentalement différente de la G2. Il ne s’agit plus de préparer une construction, mais d’ausculter un ouvrage existant qui manifeste des signes de désordres ou dont les fondations doivent être caractérisées à titre préventif. La norme NF P 94-500 définit cette mission comme un diagnostic ponctuel portant sur un ouvrage géotechnique (fondations, soutènements, voirie, talus), sinistré ou non.
La mission G5 est fréquemment déclenchée à la suite d’une fissuration anormale des murs, d’un affaissement de sol ou de plancher, d’un tassement différentiel visible, ou dans le cadre d’une reprise en sous-œuvre. Elle constitue également le préalable incontournable à toute démarche d’indemnisation auprès d’un assureur, notamment dans le cadre de la garantie catastrophe naturelle liée aux mouvements de terrain.
Identifier les causes géotechniques des désordres
La première phase de la mission G5 consiste à collecter l’ensemble des données disponibles sur le bâtiment et son environnement immédiat : études géotechniques antérieures, plans de fondation si disponibles, historique précis des désordres, et relevé topographique et visuel des dommages observés.
Les investigations de terrain comprennent des inspections visuelles approfondies, des sondages ciblés à proximité des zones endommagées, et parfois des méthodes géophysiques (tomographie de résistivité électrique, radar sol) pour imager le sous-sol sans excavation. L’objectif central est d’identifier la ou les causes géotechniques des désordres : retrait-gonflement des argiles lors des épisodes de sécheresse, réhydratation des sols à l’automne, présence de cavités souterraines, réseaux enterrés défaillants, remontée de nappe phréatique.
Proposer des pistes de confortement sans dimensionnement
À l’issue des investigations et de leur analyse croisée, le rapport G5 livre une interprétation argumentée des désordres et identifie leur origine géotechnique avec un niveau de certitude clairement exprimé. C’est sur cette base que les orientations de travaux sont proposées.
Le rapport propose des exemples de solutions de confortement adaptées (reprise en sous-œuvre par micropieux, injection de résine expansive, drainage périphérique, traitement des sols argileux) sans procéder à leur dimensionnement chiffré. Ce point délimite le périmètre strict de la mission G5 : elle diagnostique, elle oriente, elle ne calcule pas.
Si une solution de renforcement est retenue à l’issue du diagnostic, il sera généralement nécessaire de commander une mission G2 PRO complémentaire pour calculer les paramètres d’exécution et établir les plans de fondations renforcées. Dans le contexte d’une réhabilitation lourde, G5 et G2 sont donc des missions séquentielles, la première ouvrant la voie à la seconde.
G2 ou G5 : quels critères déterminent le choix de la mission ?

La confusion entre G2 et G5 naît souvent du fait que toutes deux mobilisent des sondages et des investigations de terrain similaires. Pourtant, leur finalité, leur calendrier d’intervention et leurs livrables sont fondamentalement distincts. Le bon critère de choix est simple : si le projet est neuf et non encore construit, c’est une G2. Si un ouvrage existant est concerné par des désordres ou doit être diagnostiqué avant réhabilitation, c’est une G5.
Plusieurs éléments concrets permettent d’affiner la décision :
- L’état de l’ouvrage : terrain nu à bâtir (G2) ou bâtiment présentant des désordres visibles (G5)
- L’objectif géotechnique : dimensionner des fondations pour une construction neuve (G2) ou identifier les causes d’une pathologie structurelle (G5)
- Le cadre réglementaire : obligation légale issue de la loi ELAN pour la G2 dans les zones argileuses ; exigence des assureurs ou de l’expert judiciaire pour la G5
- Le livrable attendu : note de calcul et recommandations dimensionnées (G2 PRO) ou rapport de diagnostic avec pistes de confortement non dimensionnées (G5)
| Critère | Étude de sol G2 | Diagnostic géotechnique G5 |
| Moment d’intervention | Avant construction (terrain nu) | Sur ouvrage existant sinistré ou non |
| Objectif | Concevoir et dimensionner les fondations | Diagnostiquer des désordres géotechniques |
| Phases | G2 AVP + G2 PRO | Phase unique (investigations + rapport) |
| Livrables | Principes de fondation, calculs, recommandations dimensionnées | Rapport d’analyse des causes, pistes de confortement |
| Obligation légale | Oui, loi ELAN (zones argileuses) depuis oct. 2020 | Non (mais exigée par assureurs en cas de sinistre) |
| Coût indicatif | 1 800 à 3 500 € TTC selon complexité | 1 500 à 4 000 € selon ampleur des désordres |
| Prolongement naturel | G3, G4 (suivi de réalisation) | G2 PRO si solution de confortement à dimensionner |
Il est utile de rappeler que G2 et G5 s’inscrivent dans un continuum de missions géotechniques codifié par la norme NF P 94-500. En amont de la G2, l’étude de sol G1 assure la reconnaissance préalable du site, notamment lors de la vente d’un terrain. En aval, les missions G3 et G4 encadrent la réalisation et le suivi des travaux géotechniques. La G5, quant à elle, reste la seule mission exclusivement dédiée à l’analyse de l’existant, ce qui la rend irremplaçable dans toute démarche de diagnostic structurel ou de réhabilitation d’un ouvrage en souffrance.