Avant tout projet de construction, d’aménagement ou d’assainissement, la connaissance de la perméabilité du sol est indispensable. Elle conditionne la capacité du terrain à absorber, stocker et restituer l’eau, impactant directement la stabilité des fondations et la gestion des eaux de surface.
L’essai Porchet, réalisé directement sur le terrain, est l’une des méthodes les plus fiables pour mesurer cette propriété. Grâce à ce test, il est possible de déterminer avec précision la vitesse d’infiltration de l’eau dans un sol, anticiper les risques liés aux sols saturés ou peu perméables et concevoir des systèmes de drainage ou d’assainissement adaptés. Ce guide présente le protocole complet, la formule de calcul et le tableau de classification DTU 64.
Qu’est-ce que l’essai Porchet ?

L’essai Porchet est un test de perméabilité in situ réalisé dans une fouille peu profonde (30 à 100 cm). Son objectif est de déterminer le coefficient de perméabilité K, exprimé en mm/h, qui traduit la vitesse à laquelle l’eau s’infiltre dans le sol à travers ses pores. Plus K est élevé, plus le sol est perméable.
Contrairement à l’essai Lefranc qui mesure la perméabilité en profondeur dans un forage, le Porchet cible les couches superficielles du sol, celles qui accueillent directement les systèmes d’épandage. Ces informations sont essentielles pour des projets comme l’assainissement non collectif (ANC), le drainage des eaux pluviales ou la préparation de fondations.
Protocole de l’essai Porchet
Le protocole suit un déroulement standardisé défini par la norme DTU 64.1. Chaque étape conditionne la fiabilité des résultats.
Étape 1 : Creusement de la fouille
Le technicien creuse un trou carré ou cylindrique à l’aide d’une bêche ou d’une tarière. Dimensions standards : 30 à 40 cm de côté (ou de diamètre), profondeur de 70 cm. Le fond et les parois sont soigneusement scarifiés pour éliminer le colmatage créé par le creusement et permettre une infiltration représentative.
Étape 2 : Saturation du sol (phase préparatoire)

La fouille est remplie d’eau claire et un niveau constant est maintenu à 25 cm au-dessus du fond (soit à 45 cm de la surface) pendant une durée minimale de 4 heures. Cette phase est indispensable : elle sature les pores du sol et simule les conditions réelles de fonctionnement d’une installation d’assainissement. Tant que la saturation n’est pas atteinte, les mesures ne sont pas représentatives.
Étape 3 : Mesure en régime permanent
Une fois le régime permanent établi (vitesse d’infiltration stable), le technicien mesure le volume d’eau V nécessaire pour maintenir le niveau constant à 25 cm pendant une période de 10 minutes, à l’aide d’un récipient gradué. Plusieurs mesures consécutives sont effectuées pour confirmer la stabilité des résultats.
Étape 4 : Calcul du coefficient K et rédaction du rapport
Les données collectées sont utilisées pour calculer K selon la formule Porchet. Le résultat est consigné dans le rapport géotechnique remis au SPANC. Sur un même terrain, au moins 2 essais sont réalisés en des points distincts pour obtenir une valeur représentative, car la perméabilité peut varier localement, notamment sur les terrains issus de sondages à la tarière ayant révélé une hétérogénéité pédologique.
L’équation utilisée pour calculer le coefficient k est la suivante :
K= (1000×V) / Si×t
| Symbole | Description | Unité de Mesure |
| K | Perméabilité | mm/h |
| V | Volume d’eau introduit pour maintenir un volume constant | m³ |
| Si | Surface d’infiltration de la cavité | m² |
| t | Durée de l’essai | heures (h) |
Interprétation des résultats selon le DTU 64.1
Une fois K calculé, le résultat est interprété selon les seuils de la norme NF DTU 64.1. Ce tableau permet de déterminer directement la filière d’assainissement compatible avec votre terrain.
| Coefficient K (mm/h) | Classification | Filière ANC recommandée |
| K < 10 | Sol imperméable | Micro-station ou filtre compact agréé |
| 10 ≤ K ≤ 30 | Sol peu perméable | Filtre à sable drainé avec rejet |
| 30 < K ≤ 500 | Sol perméable | Tranchées d’épandage, filtre à sable non drainé |
| K > 500 | Sol très perméable | Tranchées d’épandage avec précautions renforcées |
Quelles sont les applications de l’essai Porchet ?

L’essai Porchet est utilisé dans de nombreux contextes où la maîtrise de l’eau dans le sol est déterminante.
Assainissement non collectif (ANC)
Pour les systèmes d’assainissement individuels, le test permet de déterminer si le sol peut absorber efficacement les eaux usées. Il aide à dimensionner les filtres à sable, tranchées drainantes ou fosses septiques, en évitant tout risque de débordement ou de pollution des nappes phréatiques.
Gestion des eaux pluviales
En milieu urbain ou rural, l’essai Porchet fournit les informations nécessaires pour concevoir des puits d’infiltration, bassins ou noues végétalisées adaptés au terrain. Il permet de prévenir l’engorgement et d’optimiser l’infiltration, en tenant compte des spécificités locales du sol.
Prévention des inondations et stabilité des constructions
La perméabilité influence directement le risque de ruissellement et de tassements différentiels. L’essai Porchet permet de détecter les zones où l’eau pourrait stagner, compromettant la sécurité des fondations. Les ingénieurs peuvent ainsi adapter les techniques de construction et prévoir des systèmes de drainage efficaces.
Conformité réglementaire
Dans le cadre de la loi sur l’eau, l’essai Porchet permet de démontrer la capacité du terrain à gérer les eaux traitées ou pluviales, protégeant ainsi les nappes phréatiques et les milieux aquatiques contre la pollution.
Limites et précautions à connaître
Bien que très utile, l’essai Porchet présente certaines limites :
- Il n’est pas adapté aux sols très argileux ou très sableux, dont la perméabilité extrême fausse les résultats.
- Les conditions météorologiques influencent les mesures : un sol trop sec ou saturé peut altérer la précision du test.
- Pour obtenir des résultats représentatifs, il est recommandé d’effectuer plusieurs essais sur un même site.
Dans certains cas, des méthodes complémentaires comme l’essai Lefranc (en forage) ou l’essai Matsuo (à la fosse) peuvent être privilégiées pour affiner l’analyse.
Porchet, Matsuo, Lefranc : quel essai choisir ?
Les trois essais mesurent la perméabilité mais s’appliquent à des contextes différents. Voici un comparatif pour orienter le choix du bon test.
| Critère | Essai Porchet | Essai Matsuo | Essai Lefranc |
| Type de sol adapté | Sol meuble à perméabilité modérée | Sol hétérogène ou très perméable | Sol saturé, présence de nappe |
| Profondeur d’investigation | Couches superficielles (30–100 cm) | Couches superficielles (> 50 cm) | En profondeur (forage > 1 m) |
| Conditions hydrologiques | Sol non saturé | Sol non saturé | Sol saturé ou nappe phréatique |
| Complexité de mise en œuvre | Simple, bêche + récipient gradué | Simple, fosse creusée mécaniquement | Nécessite un forage et un équipement spécifique |
| Norme de référence | NF DTU 64.1 | NF DTU 64.1 (variante) | NF EN ISO 22282 |
| Usage principal | ANC, eaux pluviales | ANC sur terrain hétérogène | Géotechnique, fondations, barrages |
| Durée typique | 4 h + 30 min de mesure | 4 h + 30 min de mesure | 1 h à plusieurs jours selon méthode |
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